Ce soir, à l’initiative de Camille, une de mes compatriotes à Hunter, nous avons passé la soirée dans un lieu très underground, le Nuyorcan Poets Cafe. Le nom est la contraction de New York et de Puerto Rican, et il a été fondé au début des années 70 par un auteur et poète … Puerto Ricain, Miguel Algarin! Je crois qu’il était là ce soir mais qu’il n’avait pas sucé que des glaçons … Enfin bref. Dans ce fameux café, le mercredi c’est ravioli et le vendredi c’est Slam! Vous avez certainement entendu parler de cette forme d’expression née au milieu des années 90. On peut associer, dans une première approche, son rythme à celui d’un flow hip hop, mais je crois que ce serait réducteur. C’est avant tout une performance centrée sur la poésie, souvent teintée d’humour, parfois acide et populaire (non, ce n’est pas une insulte …).

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La soirée débutait à 22h et nous y étions dans ces eaux-là. Le soucis c’est que la salle était comble et que nous sommes restés debout … Pas bien grave. Le café ressemble à une sorte d’usine désinfectée ( 🙂 ) au plafond très haut, avec un bar sur la droite et une estrade minuscule. Public très jeune, blanc, noir, asiat, hispano, … Bonne musique. On sent tout de suite que les gens sont habitués, par les échanges de regards, la décontraction générale. C’était très chaleureux … et entièrement non fumeur!

Une jeune femme prend la parole et lance la soirée, accompagnée par du funk bien gras (Hmmm!). Elle s’appelle Mahogany Browne et fait ça avec beaucoup de talent. Elle rappelle brièvement que le Slam se nourrit également des réactions du public et nous fait répéter des exclamations types: « Yeaaaaaaaaah! », « Woooooooooh! », etc … et nous invite donc à nous manifester. Plutôt sympa!

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Mahogan Browne derrière le bar …

En guise d’intro, un géant noir du nom de Taalam Acey prend le micro et nous livre sa poésie sexy, moite, introspective, drôle, politique, … Un feu d’artifices d’émotions et d’informations (notamment sur la génération Crack, et comment la CIA aurait entretenu des réseaux de deal pour contenir la population noire des ghettos). De mémoire, quelques morceaux choisis:

  •  » Ils disent que dans une relation de longue durée, si on met une bille dans un seau à chaque fois que l’on fait l’amour la première année, et que l’on en enlève une à chaque fois que l’on fait l’amour les années suivantes … à la fin il reste toujours des billes dans le seau « .
  •  » Long term relationships are about 3 things: engagement rings, wedding rings, and suffer … rings! « 

Une vraie performance, et un vrai moment. J’ai rarement vu près de 120 personnes de mon âge se taire dans un bar et être captivées par de la poésie … Quand je vous dis qu’il y a de l’espoir. Bon, j’imagine que beaucoup de gens étaient aussi là pour juste prendre une bière, mais enfin.

 

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Taalam Acey

Taalam salue, nous rappelle qu’il a trois CD en vente et quitte la ridicule estrade sous un tonnerre d’applaudissements et de « You’re the man! » (que l’on peut traduire par « Ma Mère pense que tu ferais un gendre idéal! » ).Puis vient enfin l’heure de présenter le jury … quelques personnes choisies dans le public, 6 ou 8, à qui l’on confie des panneaux de notes (quelquechose entre l’école des fans et le patinage sur TF1). Et la seconde partie de soirée débute.

6 Slammeurs d’origines différentes défilent pour des pièces courtes allant de 2 à 6-7 minutes, sur des thèmes aussi variés que la mort d’un proche sidéen ou le postérieur des filles dans les cabines d’essayage GAP. Toujours avec force de rimes, de jeux de mots, d’allitérations (vous vous rappelez des serpents de Racine?) et souvent beaucoup de « jeu », car un slammeur est aussi un peu comédien … allez, admettons-le.

 

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L’ambiance était incroyable. Entre match d’improvisation, rire, émotions, coups de gueule (Bush en a pris plein la poire …), le public était vraiment pris par les slammeurs. Ils avaient chacun un jingle de quelques secondes pour se lancer sur scène, car, faut pas déconner, on est aux US …

Le temps a filé et la fatigue de la semaine nous est finalement tombée sur les épaules. Mais c’est juré, la prochaine fois on reste jusqu’au bout. De toutes façons, le métro ne s’arrête jamais ici …

 

Slam … Aleikum!

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Sufjan Stevens – « Chicago » (Illinois, 2005)

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